Cette maquette, datée entre 1923 et 1926, a été exécutée par Erich Hermès (1881-1971), dans le cadre du concours pour les vitraux du temple de la Madeleine à Genève, lancé en 1926.
Sa réalisation s'inscrit dans la continuité du travail de l'artiste dans le domaine de l'art religieux. En effet, il participe dès les années 1920 au renouveau de l'art sacré protestant, dans le contexte duquel il réalise les vitraux du temple de Carouge, qui représentent le pic de sa production dans ce cadre (Cholakian, 2014, pp. 20–25).
Hermès prend part au concours pour la décoration du temple de la Madeleine (GE), officiellement lancé en 1926 par l'Église nationale protestante de Genève, à la suite des travaux de restauration dirigés par C. Martin entre 1914 et 1924 (Sauterel, 2008). Philippe Clerc nous apprend que l'artiste présente au concours une série intitulée "Émotion" qui comprend trois vitraux pour le choeur "composés de verres de différentes couleurs sans dessin" et un cycle de huit peintures murales destinées aux côtés de la nef, relatant la vie du Christ, de la fuite en Égypte jusqu'au retour à Jérusalem (Clerc, 2021, p. 168 ; Hermès, [1926]). Une lettre manuscrite d'Hermès fournit le devis de ce programme, qui s'élève à 12'000 francs pour la réalisation des vitraux et à 4'800 francs pour les peintures murales (Hermès, [1926]). Le concours est anonyme. L'artiste lauréat est élu pour la décoration du temple de la Madeleine, tandis que la somme de 900 francs est dévolue pour rétribuer les meilleurs projets (Le Consistoire de l'Église Nationale Protestante de Genève, 1923). La première place est attribuée au peintre Alexandre Mairet, tandis qu'Hermès obtient le deuxième prix, d'une valeur de 500 francs (Clerc, 2021, p. 169 ; Cholakian, 2014, p. 26).
Dans les collections du Vitromusée Romont, il existe quatre oeuvres graphiques (EH_7 ; EH_8 ; EH_17 ; EH_18). Trois d'entre elles, datées de 1923, comportent des épisodes de la vie du Christ et des paraboles réparties sur trois et quatre registres (EH_8 ; EH_17). Si l'iconographie des scènes et leur découpage rappelle fortement les vitraux qu'Hermès conçoit la même année pour le temple de Carouge (par exemple GE_05.02), ces maquettes ne peuvent être reliées à cette commande. Le format en arc-brisé des baies visibles sur ces projets ne correspond en effet pas à la forme en arc-en-plein cintre des fenêtres du temple de Carouge. De plus, la troisième maquette (EH_18) montre une mise en situation de trois vitraux composés de la même façon, dans un choeur qui n'est autre que celui du temple de la Madeleine.
Nous pensons donc que l'artiste a pu, dès 1923, être contacté dans la perspective d'un futur projet de décoration du temple de la Madeleine. Étant occupé avec la réalisation des vitraux de Carouge, ses premières propositions pour la Madeleine s'en inspirent fortement, que ce soit au niveau du découpage ou de l'iconographie. Philippe Clerc nous informe qu'Hermès produit deux séries de maquettes distinctes pour les vitraux de la Madeleine, la première illustrant des scènes bibliques, avant de changer complètement d'orientation avec des vitraux non-figuratifs, dont nous ne gardons pas de traces (Clerc, 2021, p. 168).
Contrairement aux autres projets, cette maquette met en scène trois médaillons figuratifs superposés, ressortant sur un arrière-plan ornemental. Elle témoigne d'une réflexion différente. Il y aurait donc eu trois étapes distinctes dans le développement des projets pour la décoration du choeur de la Madeleine. Le titre choisi pour le concours figurant déjà sur cette maquette, il est probable que cette dernière s'inscrive dans le contexte du concours de 1926.