L'Agneau de Dieu glorifié sur l'autel, tient une croix.
aucune
aucune
Vitrail au plomb, grisaille
Ce vitrail en demi-ouverture a été réalisé par Erich Hermès (1881-1971), en collaboration avec l’atelier Wasem de Veyrier en 1924, pour le temple de Carouge (GE). Il est situé dans la nef côté nord, au-dessus de la porte latérale.
Une part fondamentale de la production d’Hermès se déploie dans le domaine de l'art religieux. Dès les années 1920 il participe au renouveau de l'art sacré protestant, reflétant une volonté de plus en plus marquée chez divers acteurs réformés au tournant du XXème siècle, d'oeuvrer pour une réintroduction de l'art au sein du temple, principe dont le pasteur Ernest Christen (1872-1961), commanditaire des vitraux à Carouge, est un fervent défenseur. Il affirme dans sa thèse de théologie de 1899, intitulée Zwingli avant la réforme de Zurich : histoire de son développement intellectuel et religieux, qu'il est "temps de réintroduire les peintures murales, la musique instrumentale, les fleurs, les lumières sur la table sainte, l'art dramatique, les mystères. Tous les arts – et non seulement l'art oratoire – doivent glorifier Dieu" (Christen, 1945, pp. 30–31). De tels écrits mettent en lumière que ce renouveau est présent très tôt chez les réformés et qu'il n'est pas uniquement une réponse au renouveau de l'art sacré catholique (Noverraz, 2024, pp. 396–397).C’est dans ce contexte que s’inscrit la réalisation des vitraux du temple (Cholakian, 2014, pp. 20–25) , initié par Christen, lui-même artiste, qui oeuvre dès les années 1918 à la décoration du temple (Gamboni, 1989, pp. 2-3).
Parallèlement à la création des vitraux, Hermès conçoit plusieurs décors pour Carouge, de 1921 à 1930 : une peinture murale pour le choeur représentant la Nativité, sur laquelle toutes les figures sont des personnalités reconnaissables, dont les identités nous sont connues par la presse de l'époque (Clerc, 2021, pp. 169–170), une peinture à l'huile représentant la parabole du Bon Samaritain en 1923, pour la tribune des orgues, et entre 1929 et 1930 la décoration de la voûte (Clerc, 2021, p. 171). La décoration générale du temple lui vaut une certaine reconnaissance de la part des médias et des journaux de l'époque (Bocquet, 1959).
C'est en 1923 que le projet des vitraux est établi, favorisé par le don d'une paroissienne, Mme David Burtin, d'un montant de 15'000 francs (Burtin, 1923). Quelques mois plus tard, Hermès propose dans une lettre un devis de 5'000 francs pour la réalisation des cartons des vitraux ainsi que pour la peinture de l'ensemble (Hermès, 1923). Il réalise dix vitraux en collaboration avec l'atelier Charles Wasem à Veyrier qui sont posés en 1924. Ils se lisent de droite à gauche et de bas en haut.
Quatorze oeuvres graphiques réalisées par l’artiste pour Carouge sont conservées dans les collections du Vitromusée Romont. L’artiste conçoit deux types de maquettes, correspondant à deux étapes principales de sa réflexion, principalement axée sur la couleur. Sur la première, comportant cinq maquettes il opte pour une prédominance de teintes roses, violettes et rouges (par exemple : EH_2 ; EH_3) alors que sur la seconde, comprenant cinq projets, il modifie les coloris avec une dominante de bleu pour les bordures et de jaune pour les fonds (par exemple : EH_12 ; EH_14) teintes qui deviennent définitives On peut supposer que ce changement a eu lieu à la suite d’une discussion avec les commanditaires, ceci probablement afin d’imprégner les vitraux d’une inspiration plus médiévale, suivant les goûts plus archéologisants du pasteur Christen. Cette tendance ne se retrouve cependant que dans la palette et non dans le style des vitraux et des décors proposés par Hermès (Gamboni, 1989, p. 10).
Malheureusement, nous n’avons pas d’œuvre graphique pour ce vitrail. Nous pouvons toutefois mentionner qu’il est composé de la même palette de couleurs que les autres et qu’il reprend le même motif décoratif dans la bordure que d’autre vitraux (par exemple : GE_05.05). Pour l’ensemble des vitraux, Hermès alterne entre trois motifs décoratifs pour la composition des bordures. Ils sont plus ou moins tirés de formes végétales. Contrairement aux autres vitraux, aucune inscription ne le complète.
Butin, D. (Mme) (donateur)
Armand Brulhart et Erica Deuber-Pauli, “Carouge”, in Ville et canton de Genève, coll. “Arts et monuments”, SHAS, Berne, (1ère éd. 1985) 1993, p. 295
Elisabeth Tripod-Fatio, Les Colonnes du Temple : la restauration du Temple de Carouge 1999-2003, Genève, 2003, pp. 33-48
Fernand Dreyfus, Le Temple de Carouge, Présentation d’un lieu historique, artistique et spirituel, Labor et Fides, Genève, 1999
Jean-M. Marquis (dir.), “Temple Sainte-Croix”, in Urbanisme et Architecture à Carouge, coll. “Dictionnaire carougeois”,tome 3b, Ville de Carouge, Carouge, 2001, pp. 374-382
Marguerite Maire, Edmond Barde et le pasteur Dominicé, “Carouge”, in Temples de Genève, A. Jullien, Genève, 1950, pp. 26-32
Paroisse protestante de Carouge, Carouge et son temple, Carouge, 1963
Patrick Rudaz, Carouge, Foyer d’Art sacré 1920-1945, cat. d’expo., Musée de Carouge, 25.11.1998-31.01.1999, Carouge, 1998, pp. 89-111
Robert Maes, L’art dans les temples des cantons de Genève et Vaud, Architecture, Vitraux, Décoration, mémoire de licence polycopié, Université de Genève, faculté de théologie, 1940, pp. 71-79