Né le 21 mai 1907 à Hermance (Genève), Albert Januarius di Decarli est fils d’un père tessinois, potier d’étain et peintre amateur. Il peint dès son enfance (Roy, 1970) et fait ses classes au collège Saint-Joseph à Thonon-les-Bains où il rencontre Albert Chavaz et le futur architecte Maurice Novarina. Il travaille ensuite comme sculpteur sur bois en même temps qu’il étudie à l’Ecole des beaux-arts de Genève durant deux ans, de 1930 à 1932 (Dumaret, 2009, p. 184, Musée des Granges de Servette, 2024). Il y suit les cours de modelage chez James Vibert et d’anatomie sur le modèle auprès d’Alexandre Blanchet. Il retrouve Chavaz et fait la connaissance des peintres Constant Rey-Millet, Emile Chambon, Pierre-Barthélemy Pitteloup, Alexandre Cingria et de son frère, l’écrivain Charles-Albert. Il fréquente l’Ecole des Pâquis, un groupe de jeunes artistes, parmi lesquels figurent notamment Emilio Maria Beretta et Paul Monnier, qui gravitent autour de l’artiste Cingria. A trois reprises il obtient la Bourse Lissignol-Chevalier qui lui permet de voyager en France et en Italie et notamment de séjourner plusieurs mois à Avignon. En 1952 il obtient le prix Harvey pour un autoportrait puis en est à nouveau le lauréat trois ans plus tard.Vivant à Carouge à la fin des années 1940 et au début des années 1950, il exerce le métier de peintre en bâtiment jusqu’au début des années 1960 pour ensuite ne se consacrer plus qu’à son art. En 1960 il s’installe au château de Grilly (France) près de Divonne dans une ancienne maison forte du XVème siècle où il reste jusqu'en 1992 . Cette même année il expose pour la première fois au Musée des Granges de Servette. C'est le début d'une grande affection du peintre pour ce lieu où il exposera à plusieurs reprises (1960, 1965, 1967, 1989) (Dumaret, 2009, p. 184, Musée des Granges de Servette, 2024, Dautremer, p. 165).
Peintre de chevalet, il réalise également des décorations murales en France et en Suisse, notamment pour les théâtres du Casino de Divonne et de Montreux (aujourd’hui détruit), l’hôpital cantonal de Genève (1968), le Foyer Notre-Dame à la Roche-sur-Foron ( ?) ou la piscine couverte de Lugano (1979). Souvent qualifié faussement de peintre « naïf », Jean Anouilh pense plutôt que « Decarli s’est miraculeusement arrêté à cet âge heureux de l’enfance où le monde est encore authentique. » (Anouilh, 1961, p. 1). Decarli lui-même réfute ce qualificatif, disant qu'il apprécie les choses merveilleuses, les contes, la vie des saints regorgeant des choses extraordinaires (Roy, 1970). En 1964, il réalise deux panneaux pour l’Exposition nationale suisse de Lausanne, aujourd’hui décorant la salle de conférence de l’Université de Lausanne à Dorigny (Dumaret, 2009, p. 185). Il reçoit en1966 le Prix Carmine à Florence, et sa toile « Le Corbeau et le Renard » conformément au règlement prend place à perpétuité dans une galerie du Palais Pitti (Musée des Granges de Servette, 2024).
Bien qu’il n’ait jamais fait partie du Groupe de Saint-Luc, il s’intéresse à l’art sacré et dès 1964 s’adonne au vitrail, réalisant une première verrière pour l’église de Ballaison (Haute-Savoie) en collaboration avec le maître verrier fribourgeois Herbert Fleckner. Il reçoit ensuite plusieurs commandes en Suisse (pour les églises de Miserez dans le Jura (1972), de Dorénaz et Champsec en Valais (1976 et 1977), d’Hermance (1977 et 1984) et en France (pour l’église de Douvaine en Haute-Savoie (1976-1977)) dont certaines d’entre elles sont réalisées par le maître verrier Michel Eltschinger, ancien apprenti de Fleckner. (Eltschinger et al, 2013, p. 145). En 1988, il crée un chemin de croix en peinture sous verre pour l’église de Saint-Gingolph et la même année un carton pour une tapisserie pour le sanctuaire de Versonnex dans l’Ain. Il meurt à Bernex en 1996 et est enterré à Hermance (Dumaret, 2009, p. 184).
Anouilh, J. (1961). Januarius di Decarli. Genève, Suisse : Galerie Vanier Genève.
Dautremer, C. (2019). Le vitrail religieux contemporain dans le diocèse d'Annecy depuis 1945 : artistes et enjeux de la commande locale. [Mémoire de master inédit]. Université de Lille.
Dumaret, I. (2009). Januarius di Decarli (Albert, 1907-1996). Dans J. M. Marquis (dir.), Arts à Carouge : Peintres, sculpteurs et graveurs (dictionnaire carougeois, tome IVb, p. 84-86). Carouge, Suisse : Ville de Carouge.
Eltschinger, M., Caby, P., Eltschinger, V., Aeby, N., & Maillard, B. (2013). Les amitiés de couleur. Michel Eltschinger: soixante ans d’art verrier. Michel Eltschinger.
Musée des Granges de Servette (2024). Albert Januarius Di Decarli (1907-1996) Peintre. [document inédit].
Roy, J.-L. (Réalisateur) (1970, 14 juin). Les petites histoires... par le peintre Albert Januarius di Decarli. Carré bleu. Radio Télévision Suisse (RTS). https://www.rts.ch/archives/1970/video/albert-januarius-di-decarli-26955661.html