Ce travail préparatoire a été exécuté par Erich Hermès (1881-1971) en 1923, pour un vitrail situé dans le choeur du temple de Carouge (GE), côté sud.
La carrière artistique de Paul Kurt Erich Hermès, s'étend sur plus de soixante ans en Suisse. Une part fondamentale de sa production se déploie dans le domaine de l'art religieux. Il participe dès les années 1920 au renouveau de l'art sacré protestant, dans le contexte duquel s'inscrit la réalisation des vitraux du temple de Carouge (Cholakian, 2014, pp. 20–25).
Ces derniers font partie d'une commande passée par le pasteur Ernest Christen (1872-1961), lui-même artiste, qui oeuvre dès les années 1918 à la décoration du temple (Gamboni, 1989, pp. 2-3). Cette commande s'inscrit dans le mouvement du renouveau de l'art sacré protestant, reflétant une volonté de plus en plus marquée chez certains acteurs réformés au tournant du XXème siècle, d'oeuvrer pour une réintroduction de l'art dans le temple, principe dont Christen est un fervent défenseur. Il affirme dans sa thèse de théologie de 1899, intitulée Zwingli avant la réforme de Zurich : histoire de son développement intellectuel et religieux, qu'il est "temps de réintroduire les peintures murales, la musique instrumentale, les fleurs, les lumières sur la table sainte, l'art dramatique, les mystères. Tous les arts – et non seulement l'art oratoire – doivent glorifier Dieu" (Christen, 1945, pp. 30–31). De tels écrits mettent en lumière que ce renouveau est présent très tôt chez les réformés et qu'il n'est pas uniquement une réponse au renouveau de l'art sacré catholique (Noverraz, 2024, pp. 396–397).
Erich Hermès travaille à la conception et à la réalisation de plusieurs décors pour Carouge, de 1921 à 1930. Il commence par une peinture murale située dans le choeur représentant la Nativité, dans laquelle toutes les figures sont des personnalités reconnaissables, dont les identités nous sont connues par la presse de l'époque (Clerc, 2021, pp. 169–170). Hermès poursuit la décoration du temple de Carouge avec une peinture à l'huile représentant la parabole du Bon Samaritain en 1923, placée sous la tribune des orgues, dont le pasteur Christen sculpte le cadre. Il orne également entre 1929 et 1930 la voûte pour lui donner l'aspect d'un ciel bleu étoilé ainsi que les murs latéraux avec deux registres d'anges musiciens, le tétramorphe et divers personnages vétérotestamentaires (Clerc, 2021, p. 171). La décoration du temple de Carouge lui vaut une certaine reconnaissance de la part des médias publics et des journaux de l'époque (Bocquet, 1959).
C'est en 1923 que le projet des vitraux est établi, favorisé par le don d'une paroissienne, Mme David Burtin, d'un montant de 15'000 francs (Burtin, 1923). Quelques mois plus tard, Hermès propose dans une lettre un devis de 5'000 francs pour la réalisation des cartons des vitraux ainsi que pour la peinture de l'ensemble (Hermès, 1923). Hermès se charge de dessiner dix vitraux qui se lisent de droite à gauche et de bas en haut. Les vitraux sont réalisés en collaboration avec l'atelier de Charles Wasem à Veyrier et sont posés en 1924.
Quatorze oeuvres graphiques réalisées par Erich Hermès pour la préparation des vitraux du temple de Carouge sont conservées dans les collections du Vitromusée Romont. L’artiste conçoit deux types de maquettes, correspondant à deux étapes principales de sa réflexion. La première comporte cinq maquettes en couleur, dans lesquelles on constate une prédominance de teintes roses, violettes et rouges (par exemple : EH_2 ; EH_3). La seconde, comprenant cinq projets, présente des coloris plus proches des vitraux, avec une dominante de bleu pour les bordures et de jaune pour les fonds (par exemple : EH_12 ; EH_14). On peut supposer que ce changement a eu lieu à la suite d’une discussion avec les commanditaires, ceci probablement afin d’imprégner les vitraux d’une inspiration plus médiévale, suivant les goûts plus archéologisants du pasteur Christen. Cette tendance ne se retrouve cependant que dans la palette et non dans le style des vitraux et des décors proposés par Hermès (Gamboni, 1989, p. 10).
Cette esquisse correspond au deuxième registre inférieur du vitrail au nord du choeur du temple de Carouge (GE_05.07). En noir et blanc, il montre un dessin partiellement abouti, où seuls les trois personnages sont détaillés, le reste étant à l'état de croquis. Il ne correspond donc à aucune des deux phases principales, précédemment citées. On peut le relier à trois autres oeuvres graphiques qui se trouvent dans les collections du Vitromusée Romont (EH_2 ; EH_4 ; EH_15). En comparaison avec le vitrail, nous voyons que l'iconographie et la composition sont en grande partie définis. Il semble qu'Hermès ait réfléchi à la représentation du Christ imberbe pour finalement opter pour un Christ barbu dans le vitrail.